"Il existe une forme d'hybridation entre le commerce, le loisir et la culture"
Quelles politiques d’aménagement et d’urbanisme commercial impulser à l’échelle des territoires, tenant compte des grandes mutations du secteur ? L’Agence d’urbanisme de la région grenobloise (AURG) s’est penchée sur le sujet. Une expertise éclairante pour préparer la décision détaillée par Julien Clementi, chargé d'études à l'AURG.
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Comment l’Aurg a-t-elle été amenée à se saisir de la thématique du commerce ?
Julien Clémenti : L’aménagement commercial est un sujet qui nous occupe depuis le début des années 2010, pour l’élaboration du Document d’aménagement commercial du SCoT (Schéma de cohérence territoriale, ndlr). Notre offre de service s’est ensuite étoffée dans un contexte national de dévitalisation des centres-villes ou centres-bourgs, où notre expertise a été sollicitée par les élus : habitat, mobilité, stationnement, foncier… Elle nous permet aujourd’hui d’accompagner les territoires bénéficiant des dispositifs comme Action Cœur de Ville ou Petites villes de demain…
Quel constat dressez-vous de ce secteur ?
Le commerce a fait l’objet de mutations profondes lors de cette dernière décennie. Notre façon de consommer a fondamentalement changé depuis l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux, du bio, du drive, des circuits-courts, de la seconde main, du télétravail etc. Ces nouvelles pratiques ont eu une incidence sur les modes de vie des ménages et sur la façon dont les territoires accueillent la fonction commerciale. La redistribution des équilibres, toujours en cours, explique en partie les problématiques de vitalité de certaines polarités. Pour mieux les comprendre, l’Agence d’urbanisme a notamment créé un dispositif d’observation de l’occupation des locaux commerciaux, pour mieux guider à la décision.
Il s’agirait donc de repenser la vocation de la ville et des centres-bourgs ?
En 15 ans, la consommation s’est stabilisée mais s’est réorientée sur des canaux qui se diversifient. Aujourd’hui, le client va à la rencontre du produit de façon hybridée, en croisant veille sur Internet, visite sur place, livraison dans une boutique ou à domicile pour un produit neuf comme d’occasion… Près d’un achat sur quatre de produit non alimentaire s’effectue en ligne, ce qui modifie les motifs de fréquentation des commerces physiques. Le commerce continuera à créer de l’animation pour nos centres-villes, bourgs et villages à l’épreuve des crises économiques et des changements sociétaux, à certaines conditions. Dans nos centralités la fréquentation n’est plus amenée par le commerce seul, mais par une offre plurielle de produits, services, loisirs marchands, restauration, culture… L’émergence de nouveaux concepts de commerces croisant les propositions – comme les cafés/librairies, ou les multiservices en milieu rural – en est finalement une illustration. Et ce mix d’initiatives doit être soutenu notamment par des espaces publics de qualité pour faire converger la population dans des lieux attractifs. Grâce à son expertise pluridisciplinaire, et en lien avec les chambres consulaires, l’Agence d’urbanisme accompagnera les élus lors de la prochaine révision du SCoT afin de relever les défis de l’aménagement commercial. L’enjeu est d’assurer aux territoires les conditions d’une adaptation efficace de l’offre commerciale, artisanale et désormais logistique, aux évolutions à venir.
E. Ballery
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