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Experts — Le 11 décembre 2017

Un retour de la croissance en trompe-l’oeil

Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de la recherche de l’Irima.
Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de la recherche de l’Irima - © M. Brichet

Les chiffres sont clairs : la croissance européenne atteint actuellement des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis dix ans, supérieurs même aux prévisions récentes les plus optimistes. Pourtant, les caractéristiques de cette croissance, plus encore que les risques qui pèsent sur elle, incitent à un peu de prudence.

Une croissance de 2,2 % en 2017, partagée au sein de la zone euro

Les dernières prévisions de la Commission européenne établissent la croissance à 2,2 % du PIB en 2017, corrigeant les prévisions précédentes (datant du printemps dernier) de 1,7 %. La correction est énorme et semble justifiée. L’intérêt de la Commission n’est certainement pas de gonfler les chiffres au moment où son discours vise, plus que jamais, à amener les États membres à poursuivre les efforts de réduction des déficits et à éviter tout laxisme dans ce domaine.
Au-delà du chiffre, la bonne nouvelle réside sans aucun doute dans le caractère équilibré de cette croissance au sein de la zone euro, voire de l’ensemble de l’Union européenne. Tous les pays européens retrouvent des taux supérieurs à 2 %, à l’exception de quelques-uns qui voient tout de même leur situation s’améliorer*.

Des effets positifs déjà mesurables

Le principal intérêt de la croissance est son effet direct sur le chômage. Le taux de chômage au sein de la zone euro devrait atteindre 9,1 % en fin d’année (son niveau le plus bas depuis 2009) et 7,9 % dans deux ans si le rythme anticipé de la croissance devait se poursuivre. Des effets indirects, provenant de la baisse mécanique des déficits publics et de la dette, doivent renforcer le lien entre croissance et emploi. Des doutes sont toutefois légitimes sur la durabilité de la croissance actuelle.

Une croissance reposant sur des conditions non durables

Le soutien budgétaire et les conditions de financement très favorables ne sont pas étrangers au retour de la croissance. Cette dernière revenue, il importe de trouver des relais à ces soutiens qui ne sauraient être que ponctuels. Même si la légère augmentation de la consommation et le redémarrage de l’investissement sont réels (il s’agit plutôt de rattrapage), une part essentielle de la croissance est exogène : elle trouve ses origines dans une dynamique mondiale actuellement plus porteuse, mais aussi très fragile. Les anticipations de croissance pour les années qui viennent confirment bien cette fragilité, puisque les taux prévus sont très modérés (inférieurs en 2018 et 2019, pour la plupart des pays, aux chiffres de 2017) par rapport à ceux qui ont suivi les crises précédant celle de 2008. Une autre caractéristique de la croissance pose problème : son caractère non suffisamment inclusif. Si au niveau géographique, tous les pays sont concernés, à l’intérieur de ces pays, des populations ne profitent pas assez de la réduction du chômage et n’accèdent pas aux bénéfices de la croissance. La lutte contre cette exclusion, délétère pour tous, constitue sans aucun doute le vrai chantier pour les mois qui viennent.

*La Commission table, pour les plus faibles taux, sur une croissance de 1,5 % en Italie, 1,5 % au Royaume-Uni, 1,6 % en France, et 1,7 % en Belgique.

 

A savoir

Des populations n’accèdent pas aux bénéfices de la croissance.

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