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Experts — Le 1 mars 2018

Réforme fiscale américaine : vers des bénéfices modestes et cher payés

Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble école de Management et directeur de la recherche de l’Irima © M. Brichet

S’accompagnant, selon les calculs du Congrès, de baisses d’impôts estimées à 1 450 milliards de dollars sur 10 ans, la récente réforme fiscale américaine se veut ambitieuse et particulièrement impactante sur l’économie américaine. En dépit de l’ampleur des mesures prises, notamment pour les entreprises, les effets de la réforme risquent de s’avérer moins importants qu’anticipé, et surtout très coûteux à terme. Ces coûts seront vraisemblablement supportés par les États-Unis autant que par leurs partenaires.

Une réforme fiscale ambitieuse

Première vraie victoire de Donald Trump, la réforme fiscale qu’il a poussée en fi n d’année dernière vise à dynamiser une croissance déjà forte aux États-Unis. Cette dernière doit essentiellement reposer sur les investissements des entreprises rendus possibles par des économies d’impôts conséquentes (le taux d’impôt sur les sociétés passant de 35 à 21 %), plus que sur un accroissement du pouvoir d’achat des ménages. Au-delà de la réduction des taux d’imposition, la limitation de la déduction des intérêts doit mettre fi n à l’anomalie consistant, pour nombre d’entreprises, à privilégier un financement par les dettes plutôt que par les fonds propres. Les avantages fiscaux donnés aux profits réalisés aux États-Unis doivent également permettre d’opérer un recentrage des chaînes de valeur sur le territoire américain. Le manque à gagner pour l’État fédéral associé à la réduction des taux doit donc être compensé par l’élargissement de la base fiscale. Le pari est éminemment risqué et sera très certainement perdu.

Des effets déjà mesurables

Bien sûr, quelques exemples bien choisis permettent de vanter les effets positifs de la réforme. Walmart vient de relever son salaire minimum et ExxonMobil a doublé ses intentions d’investissement dans les forages aux États-Unis. Pourtant, les études les plus complètes tablent sur un surplus de croissance limité à 0,5 % par an. La croissance étant déjà forte (plus de 3 % par an) et le chômage faible, les effets bénéfiques sont naturellement réduits. C’est encore plus vrai si on les compare aux coûts futurs des mesures prises.

Un coût élevé

La réduction des recettes fiscales va rapidement poser le problème du financement des dépenses. Les augmentations d’emprunts du Trésor américain risquent mécaniquement de contribuer à une augmentation des taux d’intérêt aux États-Unis, puis dans le reste du monde, réduisant la croissance à moyen terme. La réforme qui se voulait ambitieuse générera plutôt un accroissement de la concurrence fiscale et de ses effets pervers, incluant des tensions d’ordre géopolitique. La logique de redistribution qui devrait prévaloir à l’heure où s’accroissent les inégalités, en vue de favoriser une croissance plus inclusive et robuste, s’en trouvera malheureusement affaiblie.

A savoir

Les études les plus complètes tablent sur un surplus de croissance limité à 0,5 % par an.)

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