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Présences Grenoble
Experts — Le 10 octobre 2017

Robotisation : une accélération imminente et structurante pour nos entreprises

Hugues Poissonnier
Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble École de Management et directeur de la recherche de l’Irima - © M. Brichet

Relayant des formes de mise en garde largement diffusée au cinéma, de nombreux ouvrages récents pointent les dangers de l’essor des technologies numériques et de l’entrée des robots dans nos environnements. Beaucoup de spécialistes s’en inquiètent, fondant leur pessimisme sur des analyses philosophiques (les dangers liés à un possible asservissement de l’homme à la machine1) ou économiques (fin de la “destruction créatrice” à la Schumpeter). Certains font pourtant preuve d’un optimisme à toute épreuve, rappelant que les conséquences de la robotisation ne seront pas déterminées par les technologies elles-mêmes, mais plutôt par les choix en termes d’utilisation de ces technologies2. Quoi qu’il en soit, le phénomène, en s’accélérant, deviendra un élément structurant de l’économie.

Une robotisation encore peu effective

L’industrie française se caractérise plutôt, si on la compare à celle des grands pays développés, par un faible recours aux robots. Selon une récente étude de l’IFR (la Fédération internationale de robotique), 127 robots pour 10 000 salariés étaient recensés dans le secteur manufacturier en France en 2015, ce qui plaçait le pays au 14e rang mondial, très loin derrière les leaders européens (Suède, Danemark, Allemagne), eux-mêmes loin des chiffres observés dans les pays développés asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Japon). Dans le secteur de la chimie-plasturgie, le taux de robotisation apparaît deux fois moins élevé en France qu’en Allemagne. Chiffre étonnant à l’heure où le recours aux robots est parfois présenté comme la dernière planche de salut pour ce qui reste de notre industrie, confrontée à un coût du travail élevé. À l’analyse, deux grandes raisons émergent pour expliquer cette moindre appétence. La première découle du morcellement du tissu productif. Les robots, qui génèrent des coûts fixes élevés, se trouvent plutôt dans les grandes entreprises ou les ETI, peu présentes en France (où les sociétés demeurent, en moyenne, petites). La seconde provient des choix stratégiques de nos grandes CHRONIQUE entreprises, privilégiant l’externalisation et la délocalisation à la robotisation (le fait de chercher des ressources productives bon marché en dehors des frontières permet de conserver des combinaisons productives anciennes, plus intensives en travail).

Un inéluctable rattrapage à venir

Les changements récents renforcent l’idée selon laquelle un réel changement de cap est en cours. Surfant sur les effets favorables des relocalisations en termes d’image, mais aussi sur le développement de nouvelles compétences pour travailler avec les robots, de nombreuses entreprises réorientent aujourd’hui leur stratégie. Paradoxalement, le recours massif aux robots pourrait avoir pour effet de rendre possible un retour d’une partie de l’industrie et de l’emploi industriel en France, comme le justifierait la situation spécifique de notre pays. Au-delà des compétences techniques, un besoin de ressources spécifiquement humaines émergerait alors : émotionnelles, relationnelles… que ne maîtrisent pas, pour l’instant, les robots, et dont le développement (qui suppose de réels efforts de formation) deviendra sans doute la condition de multiples créations d’emplois à venir.

1Voir, notamment, l’ouvrage récent de Yuval Noah Harari, Homo Deus - Une brève histoire de l’avenir, Albin Michel, 2017.
2Dont Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, Machine, Platform, Crowd - Harnessing our digital future, Norton & Company, 2016.

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